Isabelle Cuchet, à Montréal - L'Expansion - 01/03/2005
Des religieuses expertes en boursicotage éthique
Les soeurs catholiques de la congrégation
Notre-Dame de Montréal ont fait voeu de pauvreté. Mais il
faut bien vivre... Heureusement, il y a la Bourse ! « Investir
dans un portefeuille d'actions nous permet d'assurer une vie
décente à nos membres vieillissantes », explique
soeur Esther.
Champagne (ça ne s'invente pas !), devenue
très populaire au Québec. Un peu partout dans la
province, les communautés religieuses troquent leurs anciens bas
de laine contre des parts d'entreprises. Vingt-deux
congrégations auraient déjà investi des dizaines
de millions de dollars dans des entreprises, pour la plupart
canadiennes, comme les hypermarchés Sears, les magasins Canadian
Tire ou la Banque royale du Canada.
Mais leur engagement implique protection de
l'environnement et bonne gouvernance des entreprises. C'est de cette
volonté qu'est né en 2000 le Regroupement pour la
responsabilité sociale des entreprises (RRSE). L'organisme,
financé par les religieuses, enquête sur les
sociétés qu'elles soutiennent. Ses rapports leur
permettent de faire pression sur les compagnies douteuses.
Parmi les récents faits d'armes du RRSE,
son combat gagné contre la Banque nationale du Canada, qui
était sur le point d'accorder une prime de départ
exorbitante à l'un de ses directeurs. Le poids des religieuses
est plus politique que financier : « Lorsqu'on
révèle qu'une entreprise fait travailler des enfants, les
gens ne sont pas contents, explique soeur Champagne. Mais, en
général, les dirigeants négocient avec nous pour
éviter les scandales. »
Le RRSE a ainsi entamé des discussions avec
Alcan pour empêcher l'expulsion de 23 villages agricoles
situés sur un gisement de bauxite en Inde. Les soeurs sont
souvent prêtes à négocier. Après tout, les
entreprises qu'elles épinglent représentent leurs
dividendes... |