'Le boursicotage compulsif, ça se soigne', dans Courrier international n° 512, p. 41 - Didier Durand - ENTREPRISES RHONE-ALPES - Brefonline.com / Septembre 2000 - N° 1439
Bourse, drogue et concubinage
Bourse, drogue et concubinage Ça semble
être si facile, la bourse, dans les pubs à la
télé ! Voyez donc cette femme qui, en deux clics et trois
OK, se branche sur le dernier boursicotons.com et, dans la plus grande
sérénité, passe ses ordres pendant que ses enfants
jouent dans le salon. C'est d'une simplicité ! A force de nous
répéter qu'un écran va nous permettre de gagner
des millions, comme ça, par la grâce de Saint Arobase,
ça va finir par se savoir. J'en connais même qui vont
finir par le croire.
Aux Etats-Unis -c'est toujours intéressant, ce qui se passe
là-bas, parce que vous pouvez être sûr que ça
va arriver en France- il paraît qu'une nouvelle drogue est
apparue qui commence à faire des ravages : la spéculation
en ligne. Les accros font même appel à des psys pour s'en
sortir. Et l'association des 'joueurs anonymes', qui s'adresse
d'habitude aux flambeurs des casinos et autres parieurs de champs de
course, commence à voir débarquer des quidams
emportés par le dernier mini-krach boursier*.
Des petits porteurs naïfs qui ont fini par céder aux
sirènes de ce qu'il faut bien appeler un jeu. Souris en main,
ils ont commencé à gagner en dix minutes
l'équivalent d'un salaire avant, un jour, de griller les
économies du ménage. Broyés par une passion que
des sociétés de courtage en ligne entretiennent jour
après jour. Heureusement, la démocratisation de la bourse
peut prendre d'autres voies. L'actionnariat salarié, qui est
d'ailleurs l'objet d'un projet de loi, en propose une (lire notre
article p 48).
En Rhône-Alpes, des sociétés comme Thermador, Seb,
Lafuma ou Schneider en ont pris le chemin. Dans la plupart des cas,
à la faveur d'une bourse à la hausse, les salariés
trouvent dans cette formule un 'salaire différé' plus que
substantiel. Et ils ne peuvent pas être mieux placés pour
faire leurs premiers pas vers le Palais Brongniard : les pieds dans la
glaise de l'entreprise, les yeux tournés vers un monde financier
qui disjoncte régulièrement.
Un million de salariés français se sont ainsi
invités au capital de leur entreprise sans pour autant se
griller les ailes ni, entre parenthèses, voire leur pouvoir de
décision accru. Une évolution silencieuse qui, si elle ne
gène guère -pour l'instant- la dictature des
marchés, rapproche un peu plus le travail du capital, dans un
concubinage pas loin de faire l'unanimité. |