Psychologie
des joueurs

Dossiers Chauds du jeu en Ligne
26/06/07 Le Parisien
Bruxelles somme Paris de casser son monopole sur les jeux

Bruxelles somme Paris de casser son monopole sur les jeux

Le torchon brûle entre la Commission européenne et la France sur la question des paris en ligne. Demain, elle déclenchera une procédure d'infraction contre Paris. Dans le collimateur, les paris hippiques et sportifs. Nos révélations.

 

C'est un véritable coup de tonnerre qui s'abat dans le monde des jeux d'argent : la Commission européenne va officiellement poursuivre la France et son monopole. Car, estime l'Irlandais McCreevy, le patron du marché intérieur, l'Hexagone surprotège le PMU et la Française des jeux et refuse la concurrence qui profite aux joueurs. Dès demain, comme l'a confirmé hier un haut responsable de la Commission à notre journal, « une procédure d'infraction va être déclenchée contre la France et un avis motivé approuvé collégialement lui sera dépêché ». En réponse, notre pays disposera de trois mois pour se plier à l'injonction, c'est-à-dire pour ouvrir ses paris sur Internet à la concurrence. Faute de quoi, Bruxelles traduira la France devant la Cour de justice de Luxembourg. Avec, selon elle, les risques de condamnations que cela suppose.


* Les récriminations de Bruxelles. « Les explications de la France ont été insuffisantes » nous a confié un proche du dossier à Bruxelles, déçu par les mois de « dialogue de sourds » qui ont suivi l'emprisonnement spectaculaire des dirigeants de Bwin, cette société autrichienne de jeux sur Internet. De fait, la création d'un comité d'éthique et l'interdiction des jeux aux mineurs ont été jugés totalement insuffisantes. « La France, poursuit le haut responsable, continue de vouloir maintenir son monopole alors que ses opérateurs, eux, offrent des paris sur dans d'autres pays. Elle ne peut pas vouloir garder la maîtrise de l'offre de jeux, en invoquant la protection des joueurs, et continuer à mettre des milliards d'euros dans des campagnes marketing pour les pousser à jouer . »

* Paris droit dans ses bottes. 25 milliards d'euros de recettes annuelles, avec la bagatelle de 5 milliards qui tombent directement dans les caisses de l'Etat... Pas étonnant qu'à Paris, où l'on redoute de grosses pertes en ligne, le gouvernement prenne la menace très au sérieux. Outre une lettre circonstanciée de Christine Lagarde et Eric Woerth à Charlyie McCreevy le 14 juin dernier, François Fillon, le Premier ministre, a, selon nos informations, personnellement défendu les intérêts français auprès du président Barroso. « Nous souhaitons qu'une négociation de fond s'ouvre au niveau européen car le jeu n'est pas une activité comme les autres, des pays comme les Etats-Unis ou l'Australie commencent à le comprendre », expliquait-on hier à Bercy. « Au plan juridique, nous avons une position très solide et ne craignons pas d'aller devant la Cour de justice. La France ne se couchera pas ! »

* Une issue incertaine mais... Paris seul contre tous ? Pour les experts de Bruxelles, une telle situation ne sera pas tenable éternellement. Tout simplement parce qu'au-delà des procédures - qui peuvent effectivement durer plusieurs années - la Commission a déjà obtenu des efforts significatifs chez nos voisins. Le Portugal, par exemple, a interdit toute publicité sur ses loteries nationales, l'Allemagne a fermé les sites Internet de ses opérateurs publics, l'Italie, après avoir ferraillé pendant des années, ouvre son monopole. Dans la foulée, Bruxelles compte aussi sur la pression des joueurs. La perspective de pouvoir prendre des paris n'importe où devrait, à terme, révolutionner la façon de jouer et donc obliger les opérateurs historiques à évoluer.

Jean-Marc Plantade avec François Vignolle

Le Parisien , mardi 26 juin 2007

 

Joueurs, opérateurs : ce qui va changer

 

Le PMU

Le PMU prépare la contre-offensive. Déjà confronté à la concurrence des paris sur Internet, et notamment ceux proposés par la société Zeturf, le PMU risque gros s'il perd son monopole sur les courses hippiques en France. Au siège du GIE (groupement d'intérêt économique) où aucune décision importante ne se prend sans l'avis de l'Etat, on fait cependant bonne figure face à la libéralisation. « Nous pourrons alors être beaucoup plus offensifs commercialement », affirme un porte-parole. « Par exemple, en France, il n'y a que 17 ou 18 réunions hippiques par jour, contre plus de 50 en Grande-Bretagne. »
Autant d'occasions d'augmenter le chiffre d'affaires. Autre marge de liberté attendue : proposer davantage de promotions sur les paris, par exemple, alors qu'actuellement l'Etat interdit cette pratique. Reste néanmoins que Bertrand Bélinguier, patron du PMU, ne manque pas une occasion de rappeler que son entreprise fait vivre la filière hippique en France en reversant une partie de ses gains aux sociétés de courses et aux élevages (quelque 59 000 emplois directs et 130 000 indirects).

La Française des jeux


La société minimise la procédure lancée par Bruxelles : « Elle vise seulement à ouvrir à la concurrence les paris sportifs en ligne, créneau très convoité par les bookmakers anglais », explique un porte-parole. Une micro-niche pour la Française des jeux (FDJ). L'an passé, les paris sportifs sur Internet ont représenté 0,1 %, soit 10 millions d'euros, d'un chiffre d'affaires de 9,5 milliards d'euros. Sauf que, si Bruxelles parvient à ses fins, c'est tout le monopole de la Française des jeux sur les paris sportifs, en ligne ou non, qui risque de disparaître. Or là, la FDJ joue gros. En 2006, grâce à des jeux comme le Loto sportif ou comme Cote & Match consistant à parier sur des matchs de football, rugby et basket, elle a tout de même engrangé la bagatelle de 377 millions d'euros, soit 4 % de son chiffre d'affaires. Pour autant, la FDJ ne croit pas à l'hémorragie vers des opérateurs privés : « Notre réseau physique nous protège. Les joueurs qui remplissent des grilles de jeu n'ont pas du tout le même profil que ceux qui jouent sur Internet. Ils aiment être entre amis et ont besoin de convivialité. »

Les bookmakers

« La Commission est décidée à mettre un terme à la chasse aux sorcières » : avocat de la Société européenne des bookmakers, les premiers concernés par une éventuelle ouverture du marché français des jeux en ligne, M e Thibault Verbiest en est persuadé. « Si la France est condamnée, elle aura deux mois pour changer la législation. » C'en serait fini alors des mises en examen et poursuites engagées contre les bookmakers Bwin, Unibet, Partygambling établis en toute légalité en Grande-Bretagne, à Malte ou à Gibraltar mais pourchassés dans l'Hexagone. Pour les joueurs français, qui sont des milliers chaque jour à surfer sur ces sites, rien ne changera. Les bookmakers, qui sponsorisent de nombreux clubs de foot, pourront, eux, faire de la pub et venir en France sans craindre de repartir entre deux gendarmes.

Les casinos

Absents des paris sportifs en ligne, les casinos français suivent malgré tout de très près le bras de fer engagé entre Paris et Bruxelles. « Ils attendent avec impatience la condamnation de la France, explique M e Verbiest, car cela ouvrirait une brèche dans le monopole de la Française des jeux. »

Aline Gérard, Marc Lomazzi et Béatrice Madeline

Le Parisien , mardi 26 juin 2007

 

Une bataille planétaire

Que l'on soit à Londres, Madrid ou New York, la législation sur les jeux de hasard diffère. Mais les sociétés de jeux en ligne, qui ne connaissent pas les frontières, misent désormais sur trois continents (Europe, Etats-Unis, Asie).

ETATS-UNIS

Le paradis du jeu aurait-il quitté les Etats-Unis ? En septembre 2006, les patrons de deux grosses sociétés de paris en ligne étaient interpellés pour fraude et escroquerie. Peu de temps après, tous les jeux d'argent sur le Web devenaient illégaux. Adieu les quelque 7 milliards de dollars générés par ce nouveau secteur. Depuis, les lobbyistes des paris en ligne sont partis en guerre contre les conservateurs religieux pour reprendre la main.

ANGLETERRE

L'arrêt de cette filière aux Etats-Unis a rebattu les cartes dans le monde des jeux. Premier bénéficiaire, l'Angleterre, terre des bookmakers. Entre 2000 et 2005, le nombre de parieurs en ligne a presque doublé, atteignant près de 4 millions de joueurs. Ce secteur a dégagé un chiffre d'affaires de 7,7 milliards d'euros en 2005. Pour éviter les mêmes ennuis qu'aux Etats-Unis, les quelque 2 000 sites britanniques se domicilient à Malte ou à Gibraltar.

ESPAGNE

C'est le temps des alliances. Le jackpot en vaut la peine. En prévision de l'attribution de nouvelles licences en Espagne, les sociétés anglaises se sont engouffrées dans la brèche s'associant avec des groupes espagnols. Les jeux d'argent génèrent chaque année 29 milliards d'euros dans le pays. L'ancienne loterie espagnole, la Loteria, est ainsi bousculée par les nouveaux sites de paris sportifs en ligne qui lorgnent déjà sur l'Amérique latine.

 

F.V.

 

 

 

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Attention aux arnaques

 

Au-delà d'un manque à gagner considérable, les autorités françaises s'inquiètent de l'éventuelle émergence de sites de jeux en ligne tenus par des mafias. Les services de renseignements estiment que, depuis 1993-1994, les sites de paris russophones sont devenus de formidables lessiveuses de fonds frauduleux. Face à ces sites peu recommandables, le joueur risque de perdre plus que sa mise. Dans de nombreux cas, il possède un compte offert par la société de paris. Il l'alimente régulièrement avec sa carte de crédit. Mais cette transaction n'est pas toujours sécurisée. Les opérateurs conservent les données du client et les revendent ensuite à des pirates bancaires. Autre risque, l'infection des ordinateurs. En mai 2005, des milliers d'internautes ont reçu sur leur messagerie un spam leur proposant d'effectuer des paris pour la Coupe du monde. Ce n'était qu'un leurre destiné à récupérer leurs données bancaires. Dernier danger, le joueur peut gagner sans toucher ses gains. Une combine qui ne dure que quelques semaines, le temps que les parieurs s'aperçoivent de l'escroquerie et que les cybercriminels s'évanouissent sur la Toile.

F.V.

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Le Parisien , mardi 26 juin 2007

 

Les paris hippiques et sportifs visés

 

L'avis motivé que publiera demain la Commission à l'encontre de la France - la Suède sera également épinglée pour situation monopolistique - ne concerne qu'une partie bien spécifique des jeux d'argent : les paris en ligne, c'est-à-dire sur Internet. Ce qui veut dire, selon des confidences recueillies à Bruxelles, Paris sera sommé d'ouvrir à la concurrence dans les meilleurs délais « les paris hippiques et les paris sportifs en ligne ». Autrement dit, une partie de moins en moins négligeable de l'activité PMU et de la Française des jeux - qui prend les paris sur des manifestations sportives comme les matchs de football ou de rugby - est dans le collimateur. Si la Commission obtient gain de cause, les parieurs pourront par exemple jouer aux courses sur des sites concurrents du PMU. En revanche, l'activité de type loteries (Loto, Euro Millions) et autres jeux de grattage ne sera pas concernée.

J.-M.P.

Le Parisien , mardi 26 juin 2007


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