Dante Sanjurjo - www.politis.fr - jeudi 10 février 2005
Des marques pas très fair-play
Une campagne contre les conditions de travail des ouvriers fabriquant les articles de sport. La grande distribution est visée.
Depuis le 21 janvier, dans toute la France, les militants des groupes locaux du collectif « De l’éthique sur l’étiquette » sont en campagne : ils partent à l’assaut des magasins de leur région appartenant aux leaders français de la grande distribution d’articles de sport, comme Auchan, Carrefour, Leclerc, Décathlon, Go Sport ou Intersport. Premier objectif : obtenir des responsables de ces magasins davantage de transparence sur la qualité sociale des produits qu’ils proposent, souvent fabriqués dans des pays du Sud par une main-d’oeuvre corvéable à merci.
C’est en effet grâce à l’exploitation d’ouvriers à l’autre bout de la planète que les distributeurs peuvent ici proposer des prix cassés et se vanter de baisser leurs prix à longueur de spots publicitaires. Cette campagne s’intitule « Jouez le jeu », elle fait suite à celle de l’an dernier, « Jouez le jeu pour les JO ». Les militants du collectif veulent demander des comptes aux enseignes françaises : que font-elles pour s’assurer que les conditions de travail chez leurs fournisseurs et leurs sous-traitants sont décentes ?
« Les consommateurs ne pouvant pas se fier aux seules déclarations des entreprises, ils se voient obligés de passer à l’action pour obtenir les garanties qu’ils demandent depuis longtemps », explique le collectif, en référence à l’insuffisance des chartes éthiques et codes de conduite dont se dotent les distributeurs sans accepter de contrôle extérieur. C’est la dernière mission des militants auprès des distributeurs : obtenir qu’ils s’engagent à mettre en place un « système multipartite et indépendant de vérification des conditions de travail dans leurs filières d’approvisionnement ».
Les grandes surfaces doivent avant tout accepter que les syndicats et associations de travailleurs des pays du Sud où sont produits les articles qu’ils vendent soient associés aux audits sociaux faits chez leurs fournisseurs, de façon souvent insatisfaisante. Et changer leurs pratiques, en élevant leurs prix d’achats et les délais de livraison pour permettre à leurs fournisseurs de ne pas avoir à exploiter leurs salariés. On en est loin.
Le collectif « De l’éthique sur l’étiquette », qui réunit en France des dizaines d’associations et de syndicats, et qui est membre de la coalition internationale Clean Clothes Campaign (« Campagne pour des vêtements propres »), rappelle que dans le contexte de concurrence exacerbée dans lequel se trouvent les marques et les distributeurs, « tout le monde sait que les tarifs "défiant toute concurrence" résultent principalement d’une exploitation de la main-d’oeuvre ». Quand une heure de travail coûte, en moyenne, quinze euros en Europe de l’Ouest, elle revient à cinquante centimes en Inde, quarante en Chine, et vingt-cinq au Bangladesh. À cela s’ajoutent les conditions de travail désastreuses faute d’investissement dans l’hygiène et la sécurité, les heures supplémentaires non rémunérées, la persécution antisyndicale, etc.
« Peut-on indéfiniment baisser les prix et augmenter la productivité sans s’opposer aux principes essentiels des droits de l’homme au travail ? », interroge le collectif. Sans doute pas, mais les distributeurs ne changeront pas leurs pratiques tant que la pression de l’opinion publique ne sera pas plus importante. Et, pour que cette pression augmente, il faut obtenir des informations sur la qualité sociale des produits distribués. C’est précisément ces informations que les militants du collectif exigent des distributeurs, qui ne semblent pas prêts à jouer le jeu. C’est qu’ils ont bien des choses à cacher.
Aide aux joueurs : Si vous-même ou un de vos proches avez un problème avec le jeu, allez de suite sur www.adictel.com