LE FIGARO.fr Emmanuel Torregano - 03 mars 2006
Patrick Partouche fait le pari du casino virtuel
Jeux Transfuge de Canal +,
Frédéric Vinzia est recruté à la tête
de la filiale interactive du groupe français.
LE GROUPE Partouche s'en va
en guerre sur l'Internet. Une bataille décisive que le leader
européen des casinos entend mener avec Frédéric
Vinzia. Ce dernier quitte Canal + pour prendre, à compter du 3
avril, la présidence de la nouvelle société
Partouche Interactive. Patrick Partouche, le président du groupe
éponyme, lui confie la mission de se hisser à la
«place de leader mondial du entergament». Une
activité en plein essor qui réunit toutes sortes de jeux
en ligne, allant du téléphone mobile aux portails
Internet, en passant par la télévision interactive.
Sur ce nouveau terrain virtuel, le groupe français n'aura pas la
partie facile. Les enjeux financiers sont importants. Surtout, le
groupe Partouche va devoir composer avec une législation
hostile. En l'absence de cadre juridique spécifique, les jeux en
ligne sont tout simplement hors la loi dans l'Hexagone. Une situation
intolérable selon Patrick Partouche : «La loi actuelle ne
prévoit aucune disposition concernant les jeux dans les
nouvelles technologies. Une anomalie volontairement entretenue par La
Française des jeux.»
Le groupe se donne cinq ans
Détenue à 70% par l'État, la Française des
jeux est la seule à disposer d'un site sur lequel les jeux
d'argent sont accessibles à tous. Un monopole de fait que le
groupe Partouche s'apprête à combattre. Il devrait
déposer une plainte dans les prochains jours devant la Cour
européenne de justice.
Les milliers d'autres sites disponibles sur l'Internet français
offrant des casinos virtuels sont, pour la plupart, basés hors
des frontières nationales, pour éviter les mesures de
rétorsions. Ils sont titulaires d'une licence de jeux
octroyée par des pays comme Gibraltar, la Grande-Bretagne ou
Malte, qui ont légalisé les jeux en ligne. Des sortes de
pavillons de complaisance qui privent l'État français
d'une recette fiscale importante. En France, les casinos «en
briques» sont actuellement imposés à hauteur de 60%
de leur produit brut. «Nous sommes disposés à
accepter un prélèvement sur les jeux en ligne. A hauteur
de 20%», insiste Patrick Partouche. Si son groupe n'obtient pas
gain de cause, il menace d'aller quérir, lui aussi, une licence
auprès de l'État de Gibraltar.
«Les jeux seront le prochain eldorado de la
téléphonie mobile, après la musique»,
prévient Patrick Partouche. Frédéric Vinzia va
devoir mener de front le développement de la filiale interactive
à la fois sur la télévision, l'Internet et les
mobiles. «C'est la chance de Partouche de pouvoir discuter avec
les meilleurs dans chaque domaine : Frédéric Vinzia a
l'expérience qui convient pour cela», assure-t-il. Figure
historique du groupe Canal +, Frédéric Vinzia a notamment
été à la tête de MCM, puis en charge du
développement international du groupe crypté à
partir de 2001.
Le groupe Partouche se donne cinq ans pour arriver à ses fins.
Le jeu en vaut la chandelle. Les gains en ligne sont estimés
dans le monde à près de 15 milliards de dollars