Frédéric Pottier - Consultant spécialiste du jeu et de l'Ethique, Master Philosophie Politique et Ethique Paris IV la Sorbonne / EHESS. - Fairplayers.com
Jouer est-il encore un jeu ? Quand le jeu fait place à l'enjeu...
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Le jeu n'est pas simplement un loisir, chez les enfants, il est source d'émancipation et d'apprentissage. Sous la forme d'exercices physiques, de sports, il permet d'entretenir notre corps qui, dégagé par la modernité des travaux les plus pénibles, à besoin de compenser son manque d'activité. |
Il n'y a donc rien d'étonnant à éprouver le besoin de jouer, l'on peut même considérer qu'il s'agit là d'un penchant tout à fait naturel. Ce qui distingue l'homme dans son appréhension du jeu est similaire à la distinction qui le caractérise au sein du règne animal, l'homme est capable de passion. Il peut en cela devenir victime de ses pulsions, se laisser emporter au-delà de certaines limites, briser les règles essentielles à la bonne tenue d'une activité sociale. Les exemples de tels débordements sont courants, d'autant plus que la spéculation autour du jeu, du sport, ne cesse d'augmenter.
Le rôle joué par les médias est évidemment majeur, consacrant les sportifs « héros » modernes, ils entretiennent une étonnante confusion dans l'ordre des valeurs. Il est vrai qu'à l'heure actuelle, certains footballeurs sont d'avantage considérés pour la taille astronomique de leur compte en banque que pour leurs exploits sur le terrain ou leurs qualités humaines en dehors de celui-ci. Ils sont alors représentatifs d'un système qui se désagrège sous le poids des entorses diverses et variées faites à l'éthique au profit du bénéfice. Apprendre le respect à partir d'un modèle irrespectueux n'est jamais aisé, et beaucoup, aveuglés par la lumière de leurs ambitions, ne se rendent pas compte du mal qu'ils font.
Les loisirs prennent une ampleur de plus en plus importante dans la société. Ils accompagnent le progrès, l'amélioration régulière du niveau de vie qui permet de dégager le temps nécessaire à la pratique d'activités en dehors du travail, mais aussi les moyens techniques qui simplifient l'accès à toutes formes de divertissements. En dehors d'une élite de professionnels, la masse joue « pour se faire plaisir », à la recherche de sensations nouvelles, de moments festifs. Sont ils pour autant à l'abri de comportements subversifs ? Rien n'est moins sur?
Heureux sont les exemples de réussites de chômeurs qui, pour une somme modique, sont devenus millionnaires en grattant un ticket ou en cochant quelques cases. Via internet l'on connaît une explosion sans précédent de sites de jeux d'argent, casinos, paris, poker. Là encore sont mis en avant la réussite de quelques uns que la chance a accueillis favorablement, mais qu'en est-il des autres ?
Dominé par « l'appât du gain », chacun est conscient que la perte fait partie du jeu, même si l'on est en droit d'exiger la plus parfaite équité dans les possibilités de gain, mais est ce suffisant ?
N'est pas homme celui qui ne succombe au chant des sirènes, face aux promesses alléchantes certains succombent à la tentation au détriment de la raison. Une difficulté accrue par le manque d'interlocuteurs, jouer ne se pratique plus forcément en présence ou par l'intermédiaire de qui que ce soit, l'absence du facteur humain est ici préjudiciable.
Il s'agit donc, face aux attaques répétées de l'intérêt sur le plaisir, de rétablir un cadre régulateur dans lequel le joueur puisse évoluer en sécurité, dans le respect de sa condition d'homme. L'ambition est de revenir à une éthique qui fait actuellement défaut, en régulant les agissements contraires à la déontologie tout en rétablissant l'intérêt de l'homme face à l'intérêt économique et, pour une fois, tout le monde peut y gagner. |